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« LA » chronique du weekend (56)

Est-il « normal » d’employer tous les moyens possibles, légaux ou pas, moraux ou pas, éthiques ou pas, pour s’enrichir ? Dans le cas d’un enrichissement malhonnête, l’homme capable de développer autant d’énergie négative et destructrice est-il lui-même « normal » ? A contrario, est-il « normal » de mettre au ban de la société, de marginaliser ceux qui respectent les lois sans pourtant en partager la bonne appréciation générale, réelle ou fictive ? Est-il aussi « normal » que ces exclus ne réagissent pas d’une quelconque manière, violente ou pacifique ? Qui est « anormal », qui est « normal », là est la question…

 

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Lorsque j’étais en première et en terminale, j’avais un professeur de mathématiques extrêmement motivant, brillant dans son domaine mais pas seulement. Si, par inadvertance l’un d’entre nous utilisait le mot « normal », il se faisait systématiquement reprendre par le prof qui nous disait à chaque fois « le normal n’existe pas, seule « la » normale existe, c’est une droite perpendiculaire à une autre et c’est tout ». Ce Maître ne nous communiquait pas là une correction mathématicienne mais bien une leçon de vie. C’était sa façon à lui de nous mettre devant un problème majeur de notre future existence d’adultes responsables. Les normes ne sont pas faites pour les chiens diraient nos faiseurs de société, nos politichiens habituels, elles sont faites pour que cette même société soit organisée et que chacun puisse s’y retrouver quelles que soient les situations qui parsèment sa participation à celle-ci. Peut-être, mais je ne partage évidemment pas cet avis. Les normes ne survivent que par la peur. Elles ne résistent à la logique que par leur apparence rassurante et protectrice, mais qui est malheureusement fausse, elle n’est justement qu’apparence et donc illusion. Les normes ne sont faites que de limites, d’interdictions, d’obligations, toutes ces valeurs, bien négatives puisqu’elles retranchent au lieu d’ajouter tout ou partie de nos responsabilités dans les différents domaines touchés par ces mêmes limitations. Mon prof avait raison de ne considérer que la définition mathématicienne de « la » normale, les autres interprétations possibles ne sont guère valorisantes pour les individus en constante recherche de leur épanouissement de leur humanité via leur responsabilité d’être vivant.

 

Bien entendu, je sais ce que vous susurrez dans mon dos, petits canaillous, vous vous dites, « il est fou celui-là, il prône l’anarchie… Avec les travers qu’on lui connait, cette technique d’organisation sociale va déboucher sur une sacrée pagaille où, comme d’habitude, les plus forts auront raison des plus faibles. » Mais non, je ne suis pas anarchiste, quoique l’anarchie ne soit pas ce que les politiciens nous font croire, l’anarchie demande une structure, une organisation et pas des moindres, pour atteindre son objectif, mais là n’est pas mon but. Je ne crois pas aux systèmes, qui, au bout du compte ne participent plus qu’à leur survie au lieu de celles qu’ils sont censés aider et protéger. Il n’y a pas de bons systèmes parce qu’il n’y a pas d’homme parfait. Les contrôleurs de la gestion d’un système étant corruptibles, les systèmes seront, tôt ou tard, corrompus. En fait, dans mon utopie continuelle, je fais confiance à l’éthique naturelle qui vit, à des profondeurs dissemblables chez chacun de nous, dans tout être humain, cette éthique qui est un savant mélange d’instinct de survie, de respect de soi et des autres, d’amour et d’une espérance millénaire en l’avenir. Seule l’éthique peut nous sauver de nous-mêmes, en dépassant notre dimension pour en arriver à celle de la communauté, du groupe. Sans négliger ni effacer nos particularités, nos différences qui sont nos vraies richesses mais en les faisant se compléter, de lier, s’entrecroiser pour en faire une seule et même espèce humaine, et ceci malgré des apparences qui pourraient faire croire, aux gens sans éthique, que si ces différences existent ce serait uniquement en vue d’un classement qualitatif au lieu de la multiplicité des genres.

 

Les normes n’existent que par la peur disais-je, oui, je le pense. Elles nous obligent, comme nos enfants en allant à l’école ou en sortant avec des camarades, à avoir des vêtements, des comportements qui nous font les respecter en signe d’adhésion à un groupe. Nous ne voulons pas être seuls, nous sommes effrayés de devoir nous retrouver en contravention de la norme établie et donc éliminés et rejetés dans une solitude certaine. Force est de constater que les normes sont de plus en plus nombreuses, qu’elles sont de plus en plus restrictives, qu’elles sont de plus en plus intrusives mais que les problèmes qu’elles sont censées régler ne disparaissent pas, tout au plus diminuent-ils, fort dans un premier temps pour ensuite reprendre quelque peu et se stabiliser à un niveau intermédiaire entre l’avant et l’après normalisation. Les codes que nous avons inventés et qui garnissent les étagères de nos avocats en de si jolis livres aux couvertures rouges comme le sang de ceux qu’ils croient défendre, ne sont que les listes interminables de nos conditionnements sociaux contre lesquels je lutte. Bien sûr, allez-vous me dire, le code de la route nous empêche de nous entretuer sur les voies de France et de Navarre. Oui, mais pas autant que la responsabilité que devrait avoir chacun de nous en prenant ces engins de mort et de transport que sont les automobiles ou tout autre véhicule. C’est par défaut que les codes sont utiles. Comme nous brillons, que dis-je excellons dans nos égoïsmes respectifs, il faut bien que les lois nous contraignent à des attitudes moins perverses, la question est « est-ce une solution durable ? » Non, parce nos codes représentent des dizaines de milliers de pages et nos comportements sont toujours aussi « anormaux » dans le sens du non-respect de notre éthique. Nous atteindrons bientôt des millions de pages et nous aurons toujours des Tapie, des politiciens véreux, des chauffards, des escrocs et des braqueurs. Les vraies victimes de ces normes sont ceux qui s’y astreignent de peur de ne plus faire partie intégrante du groupe qu’elles défendent en apparence.

 

En conclusion, je suis anormal, j’ai bien une tête, deux bras, deux jambes, je travaille, je paie des impôts… Mais je ne pense pas comme la « norme », donc je suis un anormal. Je remarque néanmoins que je suis de moins en moins solitaire, que nombreux sont ceux, victimes de ces systèmes « normalisés » dans lesquels nous vivons, les Grecs, les Italiens et autres qui sont dans la souffrance permanente de l’application de ces mêmes normes, comme certains Français…

 

Il n’y a pas de normalité, il y a des différences et c’est ce que j’aime. Devenez anormaux pour connaître le vrai bonheur de se faire honnir par la majorité de nos congénères qui se ruent vers les abattoirs de leurs conscience et de leur humanité intrinsèques.

 

Vive l’anormalité, source de joie et de lumière humaines !

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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