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La crise est finie… enfin… presque…

Mesdames et Messieurs, Ladies and Gentlemen, la crise est finie ! Que le spectacle commence, sonnez hautbois, résonnez musette, le divin profit est né de ses cendres tel un phénix et tel le sphinx il s’est couché de toute sa longueur sur les restes de la crise financière et de tous ceux qu’elle avait emportés. Vous ne me croyez pas, vous doutez de moi et de ma santé mentale ? Vous avez raison, je suis devenu fou…

 

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Que m’est-il arrivé cette nuit ? Je me suis réveillé brutalement à la suite d’un cauchemar, j’étais en sueur, tremblant, victime d’une colère sourde et d’un mal-être incroyable, je ne savais plus où j’étais ni qui j’étais, il m’a bien fallu quelques minutes pour recouvrer mes esprits et constater que tout allait bien dans le meilleur des mondes. Pour me rassurer j’allumais la télé et la mit sur ces canaux nuls mais qui vous font croire que l’avenir est ce qu’il promet d’être, radieux. Je choisis donc une de ces chaînes d’information continue qui déverse à longueur de journée les mêmes images et les mêmes mots pour mieux vous anesthésier, vous lobotomiser en douceur, je ne dirai pas son nom, ce serait une publicité gratuite que ces canaux boueux ne méritent pas. Mais avant de vous décrire ce que ces sombres imbéciles de répéteurs d’éléments de langage des malhonnêtes qui nous gouvernent et ceux qui nous ont gouvernés, je voudrais vous raconter mon cauchemar…

 

J’étais dans un monde de béton, entouré d’immeubles hauts et recouverts de verre qui faisait se refléter le ciel et le rendait encore plus vaste. Tout était beau, propre, les gens dans les rues se déplaçaient en souriant, sans vitesse excessive, ils marchaient et déambulaient paisiblement bien que le travail et les buts que chacun devait avoir les maintenait dans une allure soutenue et engagée. Tous ces beaux bâtiments appartenaient à ces grandes sociétés qui sont cotées sur nos marchés financiers, il y avait des banques, des constructeurs immobilier, des assureurs, des compagnies téléphoniques, des laboratoires pharmaceutiques, enfin tout ce que l’économie compte de fleurons et de réussites financières internationales. Les mines enjouées de certaines personnes mettaient encore plus de couleur dans cet environnement calme et où les bruits n’étaient que feutrés, comme adoucis par un bonheur ambiant qui effaçait toutes les aspérités, tous les ombrages de nos vies passées. Mais, il y avait un chuchotement, comme un suintement de paroles inaudibles et donc incompréhensibles qui venaient d’un de ces beaux gratte-ciels, le plus haut, le plus magnifique. Je m’approchai, j’entrai dans un hall grandiose et resplendissant, recouvert du sol aux murs d’un marbre gris clair d’une brillance extraordinaire, le plafond, couleur de ciel, était truffé, mais discrètement de projecteurs et lampes qui ne laissaient aucune ombre autour de nous, ni des gens ni des meubles, tout était clarté. J’entendis plus précisément les sons que je cherchais et tendis l’oreille, cela venait d’une salle encore plus belle et énorme où trônait une estrade où quelques personnes étaient assises. Pas nombreux, ces gens écoutaient un des leurs psalmodier un texte qui, de là où j’étais n’était toujours pas compréhensible. Je continuai donc de marcher vers cette scène et les propos m’apparaissaient maintenant forts et clairs, comme disent les militaires, les pôvres.

 

Voilà la teneur des propos que j’écoutais : « … milliards, ce qui n’est rien compte tenu d’un retour sur investissement qui se fera en deux ans et nous permettra d’engranger immédiatement après cette petite période plus de vingt pour cent de profits supplémentaires et donc permettra au dividende de notre action d’être substantiellement augmenté au niveau que nous souhaitons tous depuis le début de cette acquisition… Pour cette réussite, je vous ai demandé de doubler mon salaire et de m’accorder un parachute doré de deux cents millions d’euros que vous avez accepté et que vous récupérerez dans les six mois qui suivront mon départ grâce à la hausse de vos actions. Au nom du conseil d’administration, je vous remercie de votre confiance et suis enchanté de vous avoir rendu plus heureux que vous ne l’étiez déjà, merci, merci à tous.» Je ne comprenais toujours rien, tout le monde applaudissait à tout rompre, des cris, des bravos, des encore fusaient de partout. C’était le bonheur à l’état pur. Je m’enquis auprès d’un de mes voisins de ce qui venait de se passer. Il me dit que Numéricable venait d’acheter SFR à Vivendi pour je ne sais combien de milliards, autour de 15 parait-il, et que donc il allait pouvoir s’acheter le yacht de ses rêves. Ne voyant pas le rapport, je sortis. C’est alors que j’entendis un autre brouhaha, une autre rumeur sourde, un autre building qui parlait… Même scénario, je rentre et constate la même extase généralisée, tout le monde était heureux aussi mais ici c’était pour la fusion entre Holcim et Lafarge avec à la clé des montants qui tournaient aussi autour des 15 milliards pour chacune de ces sociétés. Et, sortant, encore d’autres bruits et de rumeurs… Partout la fête battait son plein et les affaires avaient repris, les grosses boîtes achetaient des plus petites ou se mariaient entre elles pour toujours devenir plus grosses et écraser tout sur leur passage…

C’est à ce moment que je me suis réveillé. Au moment précis où tous les immeubles se mirent à trembler, à bouger dans tous les sens pour finalement s’écrouler sur ceux qu’ils avaient rendus heureux l’instant précédent. Et c’est là que j’allumai la télé…

Là j’entendis que Numéricable avait acheté SFR, que Holcim lançait une OPE sur Lafarge, que partout dans le monde, en Inde, aux USA, les entreprises avaient repris leur habitude d’avant la crise, celle d’acheter à tout va, à des prix fous pour continuer de grandir, de grossir. Le monde entier reprenait les mêmes mauvaises manières. C’était donc la fin de la crise, tout va bien, même la Grèce retrouve les marchés financiers aujourd’hui et pourra continuer de s’endetter à tout va. Le bonheur est de retour. Que je suis heureux… Mais pourquoi la Banque de Grèce s’est-elle fait exploser cette nuit, encore des terroristes intégristes islamiques ? Je ne crois pas, alors ?

 

Désolé, cela me prend de temps à autre quand les êtres humains me surprennent par leurs comportements et leurs conduites souvent inattendues, parfois débridées, pire encore, stupides. Vraiment désolé, je cours me pendre avec un élastique et je reviens…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

2 Comments

  1. michel-la-six Répondre

         Parabole si nocturne, à jouer la mineure comme répétition car la courbe s’incurve et referme le cercle, comme elle l’a déjà fait et recommencera, la crise reviendra,
    eh dites oh, et dite tard, au gré de la propriété faite d’actionnariat au pouvoir absolu et sans limite aucune à son avidité. Le nœud qu’il faut défaire.

         Avec Vous, pour demain.

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