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La décroissance est-elle antisociale ?

Quand la communication occupe tout le terrain laissé libre par notre manque d’intérêt pour les choses qui demandent des efforts, comme la lecture par exemple ou la conversation avec son voisin, ceux qui en détiennent les secrets et qui cumulent à ces techniques à la portée des riches justement les richesses nécessaires à leur manipulation, la liberté meurt au profit de l’oligarchie qui s’est accaparé ce fantastique pouvoir. Les sans grade, les « vulgum pecus » n’ont plus que leurs yeux pour pleurer sur un monde qui devient pour eux, et pour eux seulement, factice et difficile à vivre.

 

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Tout n’est que faux-semblant, virtualité, artifice, superficialité. Notre univers ne repose que sur des données immatérielles en apparence mais qui ont besoin de matérialité pour nourrir nos désirs jamais assouvis de consommateurs effrénés. Je m’explique parce que je vois que vous commencez à douter de ma santé mentale… Mes propos mettent en évidence les pièges tendus par ceux qui nous manipulent et dont je vous donnerai les noms plus tard, ces braves gens nous ont mené à un espace où la liberté semble exister alors qu’elle se réduit chaque jour un peu plus. Ils nous ont imposé un monde où la compétition entre les hommes, entre les groupes humains, entre les entreprises marquent les limites de nos actions, tout est devenu une lutte, un combat où nous devons sans cesse être les meilleurs, les gagnants. Tous ces concepts qui parsèment nos vies, qu’elles soient professionnelles ou privées, sont bien intellectuels, ils ne sont pas concrets, ils ne sont pas touchables, mais ils sont entrés dans nos têtes à tel point que, pour nous, ils sont devenus des principes de base auxquels nous ne pouvons déroger. Ce concept violent et guerrier nous pousse à montrer nos victoires, nos réussites, fussent-elles scandaleuses, imméritées ou même volées via des biens matériels qui attestent de ces victoires, ces réussites, fussent-elles scandaleuses, imméritées ou même volées. C’est en cela que des causes abstraites se révèlent par des effets concrets. La course à la montre la plus chère, à la voiture la plus rapide, à la maison la plus grande fait de son vainqueur un personnage illustre qui devient la vedette, très temporaire, de son quartier, de son immeuble, de sa famille… Qu’on le veuille ou non, nous sommes tous victimes de cette manipulation et même en étant le plus résistant possible, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de ne pas participer à cette course folle à base de consommation débridée.

 

A la question « la décroissance est-elle antisociale ? » et en fonction de ce qui est écrit ci-dessus, je serais tenté de répondre oui… Mais… Son attaque frontale du système productiviste et consumériste l’oppose à tous les éléments de la société dont nous sommes les dignes représentants. En cela, les maillons de la chaîne humaine que nous formons résistent et refusent de se laisser dépouiller de l’ultime plaisir qui lui reste et qui n’est que la consommation assumée comme réalité de nos victoires passées dans le domaine concret dans lequel nous vivons en permanence. La première conséquence de cette situation est bien une haine farouche des humains contre tous ceux qui voudraient les priver de ce plaisir grandiose. Si, la décroissance exige de cesser de consommer, elle se heurtera à cette haine sans limite du détenteur dépouillé et donc de l’intégralité de la société si son message se veut général et politique. C’est en cela qu’elle peut être antisociale dans un premier temps. Il faut bien avouer que le confort dans lequel les chanceux que nous sommes, en tant qu’européens riches et gavés, vivons nous permet beaucoup plus d’extravagances que les misérables habitants des contrées défavorisées du tiers monde. Celles-ci d’ailleurs se fixent comme but majeur de nous égaler dans le plaisir de consommer et de profiter des mêmes biens que nous et dans les mêmes quantités et volumes. Même s’il est ridicule de porter un manteau de fourrure dans les pays chauds, c’est un signe de richesse et de réussite absolue d’en couvrir son épouse alors que l’hiver le plus rigoureux de certains pays chauds ne voient jamais descendre ses températures en deçà de 15°C, comme je le vis moi-même en Afrique. Comment peut-on espérer convaincre les riches d’arrêter de consommer sans craindre de leur part une rébellion compréhensible, mais pire encore, si nous voulons priver les pauvres de cet espoir, leur violence sera sans égale, on ne vole pas impunément les rêves d’un pauvre. Alors oui, la décroissance parait antisociale, mais en fait elle ne l’est pas…

 

En effet, la consommation est une action qui ne peut jouer sur le long terme, ne serait-ce que parce que le monde est fini et que sa finitude impose une fin à tout. En revanche, la décroissance est une voie qui ne peut se contenter de court terme, je dirais même mieux, elle ne peut exister dans le court terme, elle vise à un autre objectif, procurer pour les générations à venir la même joie que nous avons eue nous-mêmes à vivre sur cette petite planète. L’abondance n’est pas seulement matérielle, elle peut et est aussi abstraite voire spirituelle. Est-ce que le temps passé avec nos enfants ne fait pas partie de cette abondance transport et justement des réunions de famille, des jeux en commun. Nous sommes victimes de la sacralisation du travail, commencée par la civilisation judéo-chrétienne elle ne fut qu’amplifiée par la révolution industrielle et l’ère de la consommation. Or le travail n’est pas sacré, il est indispensable, utile mais jamais il ne sera sacré. C’est la raison pour laquelle on peut le répartir, le diviser entre tous afin de voir chacun fier de participer à l’effort commun sans pour autant vouloir être le meilleur ou le premier.

 

La décroissance est antisociale dans le fait qu’elle nous demande de la vivre au travers d’efforts incessants, effort de réflexion d’abord, effort de courage ensuite, effort de volonté surtout. Elle est antisociale mais tellement porteuse d’avenir que je préfère la vraie liberté qu’elle me donnera à celle qu’on fait mine de nous accorder et que l’on n’aura jamais.

 

Finalement elle n’est pas antisociale mais pro-sociale et je l’aime comme ça.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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