Log In

Le Messie s’attend toujours…

Je suis dans un café. Je suis en avance à mon rendez-vous, il est 7h45 et le bruit commence à monter dans cet environnement fait de gens comme moi, qui attendent le moment où ils devront se diriger vers le lieu de leur travail ou celui de leurs rendez-vous respectifs ou des tâches qui leur sont attribuées. C’est un matin comme les autres pour tous ces gens et pour moi. Il y a cependant une différence, je pense à des millions de choses et je ne peux me joindre à toutes ces conversations qui ne sont faites que de football et auxquelles je ne comprends rien…

 

le-messie-a-la-frontiere-copie-1.jpg

 

Ne voyez dans mes propos rien qui pourrait ressembler à un jugement de valeur, à une quelconque évaluation des personnes qui m’entourent et qui sont toutes aussi honorables que n’importe lequel de nos frères humains. Ce n’est pas parce qu’ils parlent de football qu’ils sont stupides ou qu’ils manquent d’intelligence, non, que nenni. Ils sont comme vous et moi et c’est pour cela que je les aime. C’est vrai que je préférerai les voir en train de refaire le monde, de se projeter dans un avenir plus aventureux que celui qui leur est réservé, mais il n’en est pas ainsi et ce n’est guère ce combat qu’ils s’apprêtent à mener au début de ce jour nouveau mis sur le compte du labeur qui doit leur donner de quoi payer leur loyer, leur nourriture, les études de leurs enfants et peut-être ne même pas y arriver. Ce moment de football est magique pour eux comme pour moi. Ils se libèrent de leurs angoisses, de leurs interrogations inexprimées, de leurs désirs inassouvis et qui ne le seront certainement jamais. Ce moment d’amitié sur fond de sport est la source d’énergie qu’ils se trouvent afin de vivre une journée de plus, une journée encore, comme celle d’hier et celle de demain. Cela pourrait être triste mais n’est-ce pas déjà juger que de dire cela et, en fait, que fais-je de différent, quel sens a une vie consacrée à un travail qui finance la survie sans assurer le bonheur. Est-il nécessaire de vivre si l’on n’est pas heureux ? Encore faut-il définir le bonheur, le plus difficile est qu’il est différent pour chacun de nous, travail ardu, n’est-ce pas ? Mon bonheur est d’écrire, quels sont les leurs, en ont-ils ou plutôt les connaissent-ils ? Je peux me plaindre de voir mes concitoyens ne pas s’intéresser aux raisons qui m’émeuvent, mais ne sommes-nous pas différents, n’avons-nous pas chacun nos motivations, nos intérêts, nos sujets de préoccupations ? N’est-ce pas un luxe, dans notre société hyper matérialiste, de se mettre à penser, à philosopher, à réfléchir à ce que pourraient être nos vies si on essayait de les prendre en main ? Je crois que oui, c’est un luxe mais il est un luxe dont on ne peut se passer…

 

Ce moment privilégié d’humanité ne me fait prendre conscience que d’une chose, nos différences ne doivent pas cacher nos objectifs communs, si nous n’empruntons pas les mêmes chemins ne veut pas dire que nous n’allons pas au même endroit. Tous les chemins menaient à Rome jadis, en fait, ils ont toujours mené, d’antan comme aujourd’hui, à la recherche du bonheur, même s’ils ne sont pas identiques, la recherche mène chacun vers le sien. Ces « amis » d’un instant ne pensent pas comme moi, peut-être ne pensent-ils pas du tout et jamais aux choses qui m’intéressent, cependant ils votent, ils paient des impôts, ils vont à l’hôpital et mènent leurs enfants à l’école. S’ils ne pensent pas à tout cela, ce n’est pas qu’ils ne veulent pas, c’est qu’ils ne le peuvent pas. Ils sont manipulés, par le football comme par le reste, ils sont motivés par les menues foutaises que la société de consommation met à leur disposition. Comment voulez-vous réagir lorsque vous ne savez pas comment vous aller boucler la fin de votre mois. Il existe des gens pour qui les fin de mois sont difficiles à partir du cinq de chaque mois en question. Ce sont des fins de mois qui durent vingt cinq jours, c’est beaucoup, c’est trop, c’est suffisant pour bloquer les esprits et faire qu’ils ne peuvent penser à quoi que ce soit d’autre qu’à la survie de leurs familles. Je ne peux leur en vouloir. Il n’y a aucune solidarité réelle, seulement quelques dédouanements faciles à grands coups de dons pour le téléthon ou les restos du cœur. Comment pourraient-ils imaginer que le changement se prépare quand le temps de la préparation leur coûterait cher en absence de revenus au point d’en dissoudre leur cellule familiale ? Ils ne le peuvent, ils ne veulent pas, leur survie et celles des leurs passent avant celui de la société. C’est regrettable car sans avenir la société les fera disparaître aussi, tôt ou tard et ils refusent de le voir ou ne le voient pas par manque de perspective.

 

La question que je me pose maintenant est pouvons-nous faire confiance à des gens qui sacrifieraient leurs vies dans l’intérêt de la société, est-il possible de trouver quelqu’un de désintéressé et de probe qui se substituerait à ceux qui ne peuvent s’occuper de changer la société dont nous sommes les membres ? Et au-delà de cela, comment s’assurer que nous pouvons lui faire confiance, qu’il ne nous trahira pas comme ceux qui sont aujourd’hui en place et nous spolient et nous trompent ?

 

Ma réponse est oui, ces gens existent, il suffit de les trouver et de les laisser faire tout en gardant le contrôle sur ce qu’ils font et ne pas les laisser en place trop longtemps afin de ne pas les faire flétrir au contact du pouvoir qu’ils croiraient leur.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP to LinkedIn Auto Publish Powered By : XYZScripts.com