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Le temps n’est pas de l’argent… Il ne le sera jamais !

J’ai une fois de plus été interpellé par un ami qui ne comprenait pas ma définition du temps. Il regrettait de voir mon entêtement à refuser que le temps soit de l’argent. Ma conclusion face à cette nouvelle agression amicale sur le thème du culte du temps comme des outils qui permettent, soi disant, d’en gagner, est qu’il s’agit bien là d’une religion, d’une foi irrépressible en une chrono-analyse de nos vies perdues à produire pour pouvoir consommer.

 

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Comme je le dis souvent, mon opinion est que le temps n’est rien d’autre que de la vie, il ne peut en être autrement, l’argent, cet outil de mesure de notre capacité à acheter, n’a rien de commun avec lui ni avec autre chose d’ailleurs. Un marteau aurait-il un lien quelconque avec le temps, peut-on dire que le temps est un marteau, alors pourquoi dit-on qu’il est de l’argent. Tout d’abord, ce sont les matérialistes et les industriels, qui semblent se soucier de tout valoriser, de mettre un prix sur la moindre chose, de la plus banale à la plus étrange. Comment peut-on fixer un prix au temps, sachant déjà qu’il est relatif à chacun de nous et que nos métiers, malheureusement pour la majorité des personnes que je connais, ne font pas partie de ceux où le tarif horaire est le plus important. Donc un outil ne peut avoir de valeur autre que celle qu’il coûte lors de son acquisition. Il ne peut rien représenter d’autre que ce pourquoi il a été fait. Dans le cas de l’argent, il fut inventé uniquement pour faciliter les transactions et éviter le troc, bien trop compliqué à pratiquer lors d’échanges de biens de grande dimension ou de grande valeur. Le temps à l’inverse ne fut pas ce que notre société en a fait depuis quelques tous petits siècles. En fait, il était tout à fait intégré dans le respect de cycles naturels et ne donnait pas lieu à calcul ou à mesure. On avait une idée du moment de l’année où nous nous trouvions en fonction des floraisons, des récoltes, des températures. Nous avions une idée de l’heure à la hauteur du soleil dans le ciel, lorsqu’il était visible, quand il ne l’était pas la clarté ou son contraire suffisait à nous donner le départ soit pour retourner chez soi soit pour vaquer à d’autres occupations. Il est à noter que très longtemps les anniversaires n’étaient pas fêtés, il n’apparaissait pas utile à ces hommes, dits primitifs, de savoir quel âge ils avaient, où en étaient-ils de leur vie ? Ils la vivaient et la vivaient pleinement. Il faut aussi noter que, contrairement aux mythes qu’ont créés les marketeurs de tous poils nos ancêtres travaillaient bien moins que nous et qu’ils avaient moins des fameuses 35 heures qui font de la France un cas d’espèce dans l’humanité capitalo-socio-démocrato-libérale à laquelle tous les pays du monde souhaitent adhérer ou ont adopté depuis déjà longtemps. Le temps ne sert à rien. Il a été domestiqué par les marchands de montres et les producteurs outranciers qui évaluent, calculent, chiffrent, et entassent tout dans leurs livres de compte. Sans société productiviste, sans consommation, le temps ne serait rien de plus que les preuves de la magnificence de l’univers dans ses cycles perpétuels et majestueux.

 

La frénésie qui nous touche lorsque nous commençons nos journées, cette course éperdue que nous menons de façon permanente, n’est pas naturelle, loin s’en faut. Elle provient de la volonté exacerbée de toujours faire plus, tantôt de produire, tantôt de profiter de nos loisirs, tantôt de nous informer, tout doit se faire vite et ceci de manière quantitativement importante. Cet autre concept, aussi productiviste que la gestion du temps, ne vise pas la qualité des projets ou de nos sujets de préoccupations mais bien leur quantité, il faut que nous soyons toujours occupés, que nous soyons toujours informés, que nous soyons toujours connectés. C’est comme cela que la communication a remplacé la relation. Perte fondamentale dans les rapports sociaux qui génèrent des dommages collatéraux, comme ils disent, dans les esprits des hommes qui n’ont de cesse, pour les soigner ou les éviter de continuer de consommer toujours plus de médicaments qui les coupent encore plus de toute relation par la léthargie où ils les plongent. Ce sont ces occupations permanentes et rapides qui font que notre temps semble se remplir sans que nous ayons le sentiment de le voir passer voire de vieillir. Nous avons peur du temps perdu alors que c’est lui qui donne de la valeur aux choses que nous faisons, c’est lui qui mesure les effets de quelques minutes de contemplation d’un beau paysage, d’un enfant qui joue, ou des gens que nous aimons tout simplement. Une société qui ne respecte pas le temps perdu est une société qui craint son futur, et éprouve la nécessité de se rassurer sur sa propre capacité a laissé ses traces dans un univers qui se moque de ses réalisations matérielles qui ne justifient ni ne prouvent quoi que ce soit, mise à part l’incongruité de les avoir commises.

 

Notre course perpétuelle n’a aucun sens, tout autant que cette forme de surinformation qui nous permet de savoir qu’un chinois vient de péter une durite mais qui nous fait ignorer que notre voisin de palier est souffrant… qui nous alerte sur un criminel américain qui fait feu sur des étudiants sur un campus mais qui nous cache les trahisons de nos dirigeants et leurs turpitudes.

 

Ne courons plus sans savoir pourquoi nous courons et nous changerons le monde, que vous couriez ou non, vous ne vivrez que le temps qui vous est imparti, ni plus ni moins, les traces que vous laisserez ne seront que celles qui seront ancrées dans les cœurs de ceux qui vous aiment pour l’éternité de l’amour qui n’a rien des petits instants que durent nos vies, qu’elles soient courtes ou longues en heures, minutes et secondes…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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