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Les tics, les tiques ? L’éthique !

Peut-on trouver un point commun entre le capitalisme et le collectivisme ? Il y en a au moins un, le productivisme. Dans les deux systèmes politiques, les dirigeants sont convaincus que c’est par le truchement du matérialisme et de la possession que les peuples sont « heureux ». Le capitalisme en permettant à tous de toujours viser le plus de propriétés possibles par la vertu du travail et ensuite du choix, le collectivisme par la distribution enjouée de tous les produits disponibles gratuitement et à tous.

 

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En fait, il ne s’agit absolument pas de rendre les populations heureuses mais bien de leur donner des modèles hors desquels elles ne seront pas autorisées de fonctionner. Le matérialisme aidant, l’égocentrisme et l’individualisme peuvent donc se développer de concert malgré les objections qui ne manquent pas de venir des puristes du marxisme léninisme ou autre source d’inspiration d’obédience collectiviste. C’est la possession qui génère une satisfaction qui elle-même n’est jamais durable. Cette satisfaction ne peut être que momentanée car dans toute société productiviste, le but est justement de produire toujours plus et toujours mieux. Ceci fait que la satisfaction est proportionnelle au temps nécessaire à l’assimilation du dernier produit acquis ou reçu. Plus les nouveaux produits apparaissent rapidement sur le marché, plus la satisfaction a une vie courte. Par exemple dans notre monde actuel, la satisfaction est quasiment impossible car la danse infernale des nouveautés est continuelle et touche tous les domaines, ce qui laisse peu de chance à la satisfaction durable. On veut tout et tout de suite. Une fois que nous avons tout, il faut garder la tête du peloton des consommateurs en ayant le dernier des nouveaux produits pour pouvoir faire l’étal de sa différence positive vis-à-vis des autres membres de la société en question. Dans notre civilisation du plaisir et du matérialisme exacerbé, où tout doit être mesuré, calculé, évalué, jaugé et jugé, nos différences les plus évidentes se cantonnent dans les choses matérielles qui permettent de nous faire évaluer comme des gens de biens, des gens modernes et plein du succès dont on peut s’enorgueillir devant les autres. Voilà pourquoi nous souhaitons passer toujours avant les autres, pour bien montrer que nous valons plus et mieux que les autres. Ces comportements ont des conséquences qui peuvent devenir fâcheuses dans le cadre de nos relations sociétales internes.

 

Par exemple, notre degré d’égoïsme détermine aussi notre degré de responsabilité dans les groupes dans lesquels nous évoluons. Je m’explique, si nous ne pensons qu’à nous, il devient de plus en plus difficile d’accepter des responsabilités qui dépassent notre univers personnel. On ne peut plus gérer nos relations qu’au travers du prisme de nos intérêts et avantages. Si par exemple, la fonction de cadre hospitalier d’un quidam l’oblige à obéir à son directeur qui lui intime l’ordre de mettre dans les blocs opératoires des poches de sang dont les contrôles de contamination n’ont pas été faits et que j’en sois informé, mon devoir est-il de refuser d’obéir dans la protection des malades ou d’acquiescer à la demande du supérieur pour m’éviter tout souci. Dans bien des cas, la seconde solution est l’élue, celle nous qui protège et nous garantit la conservation de notre fonction et de ses atouts. Ceci est à tel point vrai que dans plusieurs situations insoutenables, des bourreaux se sont permis de se retrancher derrière le devoir d’obéissance pour justifier des horreurs qu’ils avaient commises. Et c’est juste à ce moment là que la question « Peut-on interagir sans pour autant être responsable ? La morale peut-elle effacer la nécessité ? ». C’est à la suite de la lecture d’un article fort intéressant où cette question m’apparut que j’ai été amené à y réfléchir une nouvelle fois.

 

C’est une fois de plus la détermination de notre éthique personnelle qui devra faire la différence. Pouvons-nous accepter d’accomplir notre travail si nous sommes commandés par des assassins qui nous chargent de leur vile besogne, de tuer en leur lieu et place ? Bien entendu ce type d’ordre est toujours ou souvent lié à un chantage odieux qui repose sur la menace de perdre sa propre vie en cas de désobéissance. Mais, encore une fois, la question peut se poser en des termes encore plus crus, peut-on vivre après avoir tué sur ordre. Les notions de devoir, de droit, de respect de l’autre, sans même parler de l’aspect religieux, se brouillent et s’entremêlent. Or, l’histoire nous montre que d’une société où l’égocentrisme est exacerbé il est difficile d’attendre de ses membres un quelconque esprit de sacrifice. Et c’est bien là que le bât blesse et que nous entrevoyons les raisons pour lesquelles tous les dirigeants, toutes tendances confondues, aiment à nous combler de biens dans des sociétés qui n’ont pour seul idéal que le culte de soi. Nous devenons plus aptes au chantage, nous acceptons la servilité sous condition de préserver nos prébendes, honneurs et avantages personnels.

 

Notre éthique n’est plus suffisamment armée pour résister aux pressions de l’économie de marché et de l’acquisition de biens de façon illimitée. L’avilissement de notre éthique et son abandon au profit de notre confort apparent nous éloigne tous les jours un peu plus de l’esprit de sacrifice. Il est vrai que les gardiens de prison de Guantánamo n’ont pas de raison d’être gentils avec des suspects, je dis bien des suspects et pas des coupables dûment jugés, si cela les oblige à perdre leurs primes et leurs droits s’ils se risquaient de ne pas obéir. « Après tout, peuvent-ils se dire, je ne connais pas ces gens, qu’ils souffrent ou pas, qu’ils vivent ou pas, cela n’est pas mon problème si on me donne les ordres qui les feront soit souffrir soit pire. Je ne suis pas responsable, je n’ai pas décidé, on m’a ordonné de les maltraiter… » Eh oui, ils peuvent se le dire mais au fond de leur inconscient et même de leur conscience, ils savent que ce qu’ils ont commis n’est pas juste, n’est pas éthique, n’est pas humain.

 

Une chose est certaine, rien n’est obligatoire. Nous sommes toujours libres de faire nos choix. Bien évidemment les conséquences de ceux-ci nous confèrent un degré de responsabilité sans égal mais tellement plus éthique. Tout va dépendre de notre volonté de nous sacrifier pour respecter notre éthique, quelle qu’elle soit. Que sommes-nous prêts à donner pour pouvoir respecter notre éthique demeure la question la plus intéressante. En l’occurrence, dans nos sociétés productivistes et égocentristes, le sacrifice au profit des autres ou de sa propre éthique n’est pas vraiment à la mode.

 

Tout cela me conforte dans mon choix personnel, mon éthique personnelle mérite tout mon respect quelles qu’en soient les conséquences. Je me sens bien seul et j’ai comme l’impression que la responsabilité pour tous, ce n’est pas gagné.

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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