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Minute philosophique du jeudi…

Lorsque je donnais des cours de science politique à des étudiants en mal de connaissance et en besoin d’idéal, il m’arrivait souvent de me poser la même question au sujet de chacun d’entre eux, « pourquoi fait-il, ou elle, les études qu’il, ou elle, poursuit ». C’est une question importante que celle qui permet de connaître les raisons qui poussent les gens à agir, à faire des efforts, à travailler, surtout si on y répond honnêtement, en donnant la réalité de nos motivations, fait rarissime s’il en est.

 

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En fait, il ne s’agit pas, non seulement, de cette question précise, qui n’est qu’un exemple parmi des milliers de questions que je me pose quotidiennement, mais bien de la qualité intrinsèque des questions que l’on se pose. Si beaucoup de celles-ci trouvent leurs réponses facilement du fait de la simplicité même des mots utilisés pour les poser du type de comment, où, qui, quoi, etc, d’autres le sont moins. Je dirai même qu’une seule catégorie de questions attire toujours des difficultés, c’est celle qui demande « pourquoi ». Je ne suis sûr de rien mais je crois que ces interrogations-là sont plus riches parce qu’elles fouillent au fond de nos profondeurs, que celles-ci soient d’ordre psychologique ou autre. Lorsqu’on nous pose « pourquoi » nous savons que là, nous passons de la facilité au délicat. C’est d’autant plus réel que nous souhaitons répondre plus ou moins franchement à cette question. Plus nous nous livrons et plus c’est compliqué pour chacun de nous. Il est toujours difficile de se déshabiller devant qui que ce soit et encore plus particulièrement quand il s’agit de dévêtir non pas le corps mais l’esprit. Je ne suis même pas certain que nous maîtrisions totalement nos propres intentions, nos propres motivations qui sont un mélange de l’affection qu’on nous a portée, de notre éducation, de notre instruction, de notre culture, de notre santé, de nos émotions passées, de nos complexes et autres soucis plus ou moins ensevelis aux tréfonds de nos conscient, inconscient et subconscient. Je crois que nous ne maîtrisons rien du tout totalement, on détient des clefs en vrac mais sans savoir si elles ouvrent toutes les portes que nous voyons et encore moins celles qui nous sont camouflées, que nous subodorons mais qui nous sont invisibles. C’est un jeu compliqué à jouer et les gagnants sont peu nombreux, tout le monde y participe mais peu sont élus… La maîtrise parfaite est rarissime et seuls les êtres extraordinaires peuvent en être capables.

 

Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ? Pourquoi sommes-nous là ? Pourquoi mon voisin est-il jaloux de moi ? Des questions simples de prime abord mais qui font appel à des milliers d’informations, aussi bien sur le sujet de la question mais aussi sur les raisons pour lesquelles nous nous la posons. La complexité des réponses devrait attirer notre attention sur les multiples possibilités de réponses qui entrainent autant de possibilités d’erreurs. Comme peut-on être sûr de quoi que ce soit si nos contenus sont tous différents, tous particulièrement emmêlés chez chacun de nous ? Comment peut-on juger et donner une opinion intangible sur n’importe quoi si tous les paramètres ne nous sont pas connus et encore moins assimilés ? Comment sommes-nous certains d’avoir raison lorsque nous défendons un point de vue, qu’il soit nôtre ou celui que nous avons adopté ? Avoir raison ou tort, n’est-ce pas déjà une vraie source de problèmes ? Nous pouvons avoir raison sur l’instant et avoir tort dans l’avenir, ou même avoir eu tort dans le passé. Seule la connaissance de soi génère une implication réelle de son moi général ou global dans l’évaluation et la réponse aux situations que nous traversons et, malheureusement, nous sommes peut-être ceux que nous connaissons le moins. Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes et tous les soucis viennent de ce manque généralisé. Nous jugeons inutile de passer du temps sur ces questions qui paraissent stériles et inutiles, presque trop égocentrées ou égoïstes. Mais c’est, au contraire, le fait de ne pas se les envoyer en plein cœur et le dans le cerveau, qui prouve notre volonté de passer avant les autres, de les oublier au profit de soi-même. En refusant de se connaître on assume le fait d’être parfait puisque nous ne posons pas de questions et que nous sommes heureux tels que nous sommes. Alors qu’il suffit de regarder autour de soi le mal que nous faisons, volontairement ou non, par maladresse ou méchanceté, par négligence ou bêtise. Refuser de se connaître et croire en notre perfection n’est que le signe de notre indifférence au monde et aux personnes qui le peuplent. Bien entendu, ce n’est que mon opinion et je la partage avec moi-même, ce qui fait que nous sommes au moins deux, Dr Jekil et Mr Hyde.

 

J’ai l’habitude de dire qu’à 20 ans je savais et connaissait tout. Aujourd’hui, à la porte qui mène à une fin de vie qui n’a jamais été aussi proche, je doute de tout et ne connait rien, comme dans la chanson de Jean Gabin. Comme Socrate, je sais que je ne sais rien (ce qui est faux parce que si je sais que je ne sais rien, je sais déjà quelque chose et, nous, nous en savons plus que Socrate puisqu’en plus de savoir que nous ne savons rien, nous savons aussi que lui ne sait rien non plus). Ma tête explose de questionnements permanents qui enrichissent ma vie et la motive à durer encore un peu par la curiosité obsessionnelle dont je suis le bénéficiaire.

 

Ce qui m’attriste le plus est de constater que peu de gens se posent des questions, des vraies, celles qui nous obligent à penser, à fouiller, à demander aux autres leurs avis et opinions, leurs sentiments. Ne plus se poser de questions est le signe de la mort mentale, mais je n’en suis pas sûr…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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