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Opinion personnelle ou au pognon personnel ?

Un de mes lecteurs, Daniel qui se reconnaîtra, a eu l’extrême amabilité de me faire part de son commentaire à la suite de la lecture qu’il avait faite de mon dernier éditorial. En plus du fait que je l’en remercie sincèrement, je trouve toujours enrichissant l’échange, même et surtout s’il commence par une divergence de vue. C’est dans le débat, dans l’écoute de l’autre que naissent les idées qui rassemblent. Je voudrais expliciter ici mes arguments concernant la recherche de ce que j’appelle « une opinion personnelle ».

 

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Il est vrai que notre époque est celle du politiquement correct, je crois que nous sommes d’accord sur ce point, ceux qui ne le sont pas en sont les adeptes bien évidemment. La mise en place d’une société matérialiste, où les seuls critères qui permettent d’évaluer, de jauger, de juger, et, pour finir de ranger dans une boite ad-hoc, les êtres sont ceux qui, superficiels, n’ont trait qu’à la représentation qu’ils font d’eux-mêmes face au public, a eu pour conséquence première que ceux qui ne sont pas parmi les premiers veulent cependant être dans leur cour. Mon père disait toujours qu’un pauvre qui vivait près d’un riche pouvait nourrir sa famille avec les miettes qui tombaient de la table, alors qu’un pauvre qui vivait près d’un autre de sa caste devait partager le peu qu’il avait. Pour ma part, ce serait plutôt qu’il n’y ait plus de pauvres, mais mon père avait cette habitude des victimes de la guerre de vouloir pour leurs enfants tout ce qu’ils n’avaient eu eux-mêmes, comme si cela était le bonheur, ils le faisaient honnêtement pour notre supposé bien.

Appartenir à une cour signifie que nous devons abandonner notre indépendance au profit d’une servilité totale à l’égard de notre suzerain, tristes vassaux que nous sommes. Adieu, nos raisonnements différenciés et nos revendications, bonjour l’avilissement de la pensée unique de celui qui paie le gueuleton.

 

Quand je dis qu’il faut se bâtir son opinion, son avis personnel sur toutes les informations qui nous intéressent, il ne s’agit pas de faire l’impasse sur ce que les autres disent ou pensent, bien au contraire. Mais il ne faut pas sélectionner uniquement que les noms connus des stars de la petite lanterne magique qui n’a d’autre but que celui de nous endoctriner et de nous faire adhérer, en nous lobotomisant, à la ligne du pouvoir ou celle de son opposition officielle. Il faut chercher partout et écouter tout le monde, quand Michel Collon vous parle de la Syrie, vous avez l’impression qu’il ne s’agit pas du même pays que celui dont Pujadas fait la description, pour reprendre les noms déjà cités. Des journalistes talentueux il y en a et beaucoup mais ils ne sont pas ni chez BFM, ni Itélé, ni les autres grandes chaînes nationales qui ne raisonnent qu’en terme de recettes publicitaires. Il faut juste chercher une multiplicité de sources et les confronter pour se créer son point de vue. Bien sur, nous pouvons et c’est tant mieux nous retrouver dans les points de vue de nos congénères, mais cela devient le fait du « hasard », si tant est qu’il existe, et non pas une adhésion « forcée en douceur ». Et notre opinion peut être aussi de ne pas en avoir, pourquoi devons-nous avoir des opinions sur tout et le reste ? Est-ce logique, avons-nous tant de génie que rien ne nous échappe, que nous comprenions tout et que nos jugements soient tous aussi avisés que nous le croyons ? Non, nos opinions ne sont pas obligatoires mais notre information doit être juste et non sectaire comme elle l’est dans les médias nationaux. Pourquoi la presse papier meurt-elle ? Parce que les journaux sont trop chers ? Oui, mais trop chers pour ce qu’ils contiennent serait plus juste.

 

Il n’est pas dangereux d’avoir son opinion, quelle qu’elle soit, et je ne fais pas partie des bénis ouioui qui critiquent le FN en disant qu’il faut l’interdire. Non, une opinion, si elle est pensée par son porteur, est toujours bonne. Si nous voulons lutter contre l’opinion des électeurs frontistes, ce n’est pas compliqué, il suffit de faire le contraire de ce que font les gouvernements successifs depuis plus de cinquante ans. On ne tue pas les idées, en revanche en empêchant les hommes d’en avoir, on tue les hommes en question.

Daniel Schneidermann fut remercié par sa chaîne pour sa liberté de penser et l’étalage qu’il en faisait dans ses émissions, voilà comment on nivelle par le bas le niveau des informations. Il n’est qu’un exemple parmi beaucoup mais lisez-le et vous comprendrez différemment les propos insipides et lénifiants de nos présentateurs qui ne sont que ça car ils ont trahi leur métier de journaliste par la complicité qu’ils nourrissent avec les pouvoirs qui se suivent et se ressemblent.

Ne regardons plus la télévision, au moins les informations, et, peut-être sauverons-nous une partie de nos cerveaux…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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