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Où va-t-on ?

Vendredi passé, une fois encore, des dizaines de milliers de personnes dont une majorité de jeunes se sont retrouvés Place Tahrir. Leurs récriminations ont évolué depuis le départ de la famille Moubarak. Mais où en sommes-nous vraiment ?

 

Nous avons depuis quelques semaines plusieurs catégories de contestataires, les jeunes, les salariés, les chômeurs, les victimes du régime et plus encore. L’amalgame de ces contestations est loin d’être homogène et fait place à une compétition entre les différents groupes pour voir leurs souhaits exaucés par le gouvernement intérimaire placé sous le contrôle du comité suprême des armées.

 

Chacun a son candidat potentiel au poste de président et la lutte s’annonce entre toutes les tendances présentes. Mais est-ce que les élections à venir créeront le changement attendu par ces millions de personnes ? Je ne le crois pas.

 

Dans un premier temps, le résultat du référendum concernant le changement constitutionnel a montré la limite de la pénétration des idées contestataires dans le monde égyptien. Cette pénétration, en fait, est loin d’être générale, les disparités entre région, milieux sociaux n’ont pas été balayées par la révolte et la communication des informations reste bien souvent et uniquement entre les mains d’un pouvoir intérimaire loin d’être démocratique.

 

Il faudrait de tels moyens pour faire savoir et faire comprendre à tous les Egyptiens que de nouvelles idées sont en marche et, qu’à défaut d’y adhérer, toujours faut-il les connaître et les évaluer pour participer efficacement à une quelconque votation. Aucune des parties en présence ne possède les moyens ni n’a vraiment l’intention actuellement de se lancer dans une telle campagne. Ce sont donc des luttes de « salons », entre des intervenants plus soucieux des intellectuels et de la classe moyenne que de tous les autres Egyptiens évincés, de ce fait, d’une information qui leur permettrait de voter intelligemment en septembre prochain. Mais ces Egyptiens sont majoritaires, la chance des contestataires est que ces gens, ne croyant plus en grand chose en matière de politique, ne votent pas. Ils ne se déplacent pas et il est à parier qu’ils continueront à le faire si on ne leur explique pas le bien-fondé de leurs bulletins de vote.

 

Les évènements de janvier et février 2011, je pense effectivement que cette période s’apparente plus à des évènements façon 1968 qu’à une réelle révolution, n’ont rien changé en profondeur tout comme en France à l’époque. En revanche, une prise de conscience s’est faite et rien dorénavant ne pourra l’arrêter.

 

Plus de deux siècles n’ont pas suffi à la France ou aux USA pour engendrer une démocratie parfaite, exempte de toute corruption, népotisme, prévarication. Mais elle est en marche et les mouvements que nous voyons en Afrique du Nord comme au Moyen Orient ne sont que le prélude du souhait profond de changement de la jeunesse qui ne peut se satisfaire du monde que nous leur laissons. Naïfs sont les gens qui pensent que ces mouvements se limiteront au monde arabe.

 

Haroun (www.lepetitjournal.com – Le Caire – Alexandrie) lundi 4 avril 2011

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