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Que deviennent les jeunes de la Place Tahrir ?

La vie reprend lentement mais surement le chemin qu’elle avait quitté momentanément pour laisser toute la place aux contestations des jeunes. Mais cette vie semble ne plus être tout à fait la même…

 

Effectivement, quelque chose s’est cassé dans les mécanismes trentenaires qui régissaient les relations entre les gens eux-mêmes, entre eux et l’administration. Il était rare de voir des conversations d’ordre politique ou des récriminations à l’encontre du gouvernement s’étaler sur les trottoirs ou dans les cafés baladi. Maintenant, moins de retenue voire plus du tout de retenue… on se parle de choses plus sérieuses que des séries télévisées ou des plaisanteries sur les uns les autres. La religion tenait le haut du pavé de la conversation publique, plus maintenant. Le prix des aliments comme les salaires sont des sujets autrement plus angoissants puisque basés sur la survie matérielle des familles.

 

Alors oui, quelque chose a changé, si les Egyptiens parlent, c’est surtout pour vider un abcès, un trop plein impur de souffrances maintenues au plus profond de leurs consciences. S’il est vrai que dans toute famille égyptienne il y a un militaire ou un policier, il n’est pas rare aussi d’avoir une de leurs victimes d’avant ou de maintenant.

Le bilan officiel, présenté par le ministère de la santé, est de 365 morts et 5500 blessés. Les contestations ont coûté cher à l’Egypte, ces pertes n’ont pas de prix mais elles ont un sens.

 

Le modèle tunisien de la révolte a fait flores et il me semble reconnaître un esprit malin et nouveau inspiré par l’esprit des années 60. Bien sur, tout est différent, les motivations, les peuples qui lancèrent le mouvement, leur culture, mais… Cette idée reste ancrée dans ma tête et donc il est difficile de ne pas faire la comparaison. Dans tous les cas, ce qui semble commun aux deux époques, c’est la jeunesse et son mal-être, le courage de perdre ce que l’on a pour risquer une vie meilleure, et, surtout, la présence d’un idéal ; en 1968 c’était un idéal politico-social et libertaire, en 2011 c’est un idéal libertaire et politico-social.

 

L’inversion de ces termes n’attire pas vraiment l’attention et nous serions tentés de les assimiler l’un à l’autre. Mais attention… ils sont diablement différents. Le désir de liberté est plus profond et plus difficile à satisfaire, il demande une prise de conscience. Quand on a faim, ce sont nos estomacs qui nous poussent à la bataille, quand on est prisonnier ce sont nos têtes et nos cœurs. Le niveau de conscience est différent et entendons-nous bien, il ne s’agit pas de les classer l’un par rapport à l’autre ou de les juger dans leur valeur intrinsèque, mais bien de noter que la conscience générale des jeunes a évolué. Nous revenons à des principes de base qui sont les fondations de toute nouvelle société. Celui ou ceux qui ne voient pas ce changement se faire auront tout perdu de la chance de vivre à notre époque.

 

Les jeunes veulent changer le monde sans le savoir et ils vont le faire, les ainés que nous sommes devons les accompagner sans leur prendre leurs responsabilités et en les aidant si ils nous le demandent. Vu le monde qu’on leur laisse, il serait bon qu’ils se passent de nous le plus possible.

 

Haroun (www.lepetitjournal.com – Le Caire – Alexandrie) lundi 21 février 2011

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