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Qui perd gagne… ou qui gagne perd ?

Je ne sais plus s’il faut que je me réjouisse ou pas d’événements, ou plutôt de non-événement, tel que la victoire de la France sur l’Ukraine en football. De voir à quel point les gens ont un besoin d’extérioriser violemment leur joie, que dis-je joie, leur bonheur, de voir leur équipe nationale participer à une compétition mondiale, me fait froid dans le dos… Ce moment de plaisir partagé par des millions de gens en est-il un ? Ou avons-nous besoin de nous prouver quelque chose ? Pour ma part, il ne m’est pas possible d’adhérer pleinement à cette extase populaire et générale… Dur, dur…

 

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Non, je ne crois pas être un rabat-joie, un de ces vieux qui se plaint sans cesse de ce que la vie n’est plus ce qu’elle était, et qui va de grincement de dents en hurlement de rage sur les mœurs, les larmes au bord des paupières de tant misère ce n’est pas de cela que je suis atteint. J’ai justement l’impression que rien n’a changé, que les hommes sont toujours les mêmes et que le malheur n’a pas fini de s’abattre sur nos têtes. C’est justement le contraire du changement dont je me plains, de cette permanence de la grandeur et de la petitesse humaines. Nous sommes si bons et si généreux quand nous le pouvons, si vils et si égocentrés aussi souvent que possible pour défendre notre pré carré et nos conforts personnels. Non, l’homme n’a pas évolué, depuis l’antiquité il est toujours capable du meilleur comme du pire mais c’est aussi toujours dans le pire qu’il est le meilleur. Dès que l’être humain a un quelconque petit pouvoir c’est immédiatement pour assouvir de bas instincts de domination, de démonstration de sa force et de créer une différence entre lui et les autres, ceux qui sont sous sa coupe surtout. Alors qu’est-ce que cela a à voir avec la coupe du monde de football me direz-vous, vous pensez que ma digression est hors de propos ? Peut-être mais je ne peux m’empêcher de penser à la devise romaine qui consistait à donner du pain et des jeux à une population à la mentalité grégaire pour en obtenir une certaine paix sociale. Et je ne peux m’empêcher non plus de rapprocher les temps antiques aux nôtres où les mêmes causes ont généré et génèreront encore les mêmes effets.

 

Alors je me moque de notre victoire bien que je sois heureux du bonheur des gens, ce n’est pas notre qualification qui me réjouit, c’est sa conséquence sur un peuple malheureux qui perd chaque jour un peu plus de sa liberté, de son autonomie, de sa responsabilité sans s’en rendre compte et se réveillera bientôt pour le constater et en souffrir. Mon bonheur vient de leur bonheur momentané. Mais en revanche, quand je vois les milliards investis dans un sport pratiqué par des hommes aux qualités humaines discutables et parfois discutées, quand je perçois la recherche de la manipulation politique dans un domaine qui devrait l’exclure définitivement, je ne peux me limiter aux premiers effets, tout à fait temporaires et illusoires, d’une réelle embellie basée sur une situation factice. Pour vous donner un exemple il existe dans le pacifique une région où les courants amassent tous les déchets en plastique qui dérivent depuis les décharges à ciel ouvert des pays qui le bordent et en particulier la Chine. L’épaisseur de cette couche d’ordures flottantes est telle que nous parlons maintenant d’une île, au sol solide sur lequel nous pourrions marcher, courir, voire jouer au football. Ces morceaux de plastique qui servent d’aliments aux poissons qui garnissent vos assiettes et deviennent vos sushis sont des éléments extrêmement dangereux pour l’équilibre de l’océan et de la flore et la faune qu’il fait vivre. Une petite partie des budgets consacrés à la coupe du monde de football suffirait à financer une flottille qui serait chargée de nettoyer nos misérables preuves de gaspillage.

 

Par ailleurs ma joie ne peut être totale lorsque des êtres, sur notre petite terre, meurent tous les jours de maladie, de faim et de soif. Il faudrait très peu d’argent au regard des dépenses somptuaires que nous coûtent quelques joueurs en culotte courte qui se font des croche-pieds, qui simulent des douleurs qu’ils n’ont pas pour gagner encore et toujours des morceaux de papier qui leur servent à éblouir les pauvres hères que nous sommes. Non, je ne peux pas partager votre bonheur, chers supporters de l’équipe nationale ou de clubs plus ou moins réputés. Quand j’imagine ce que nous pourrions faire avec un an de chiffre d’affaires d’un club de ligue 1, je me dis que cette joie très momentanée n’est rien face au bonheur de sauver des vies, de donner un espoir à des populations qui n’en ont plus depuis longtemps, si ce n’est celui de venir un jour manger dans nos assiettes. Oui, nous nous amusons à regarder des compétitions sportives et cela n’est pas un mal en soi, ce qui est triste repose sur le fait que ce plaisir mobilise des agents économiques nombreux et puissants qui auraient mieux à faire ailleurs, et qui laisseraient le sport, de façon générale et non footballistique uniquement, retourner à sa vraie nature, celle du fair-play, celle qui permet de conserver un esprit sain dans un corps sain.

 

Mais le problème est certainement là… Nous n’avons plus un esprit sain car il est embué de tant de sornettes consuméristes qui nous font nous replier sur nous-mêmes et oublier les autres. N’ayant pas un esprit sain, il apparait impossible de réfléchir assez pour découvrir ce qui est bon ou pas pour nos corps aussi corrompus que nos esprits…

 

Il n’est pas trop tard, il n’est jamais trop tard, mais encore faut-il réagir… Ici et maintenant !

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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