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Tahrir ? Y a vraiment pas de quoi !

Tahrir2Les révolutionnaires sont de retour place Tahrir. Les évènements qui parsemèrent nos agendas en ce début d’année égyptienne se renouvellent au grand dam des Egyptiens eux-mêmes. 15 morts et plusieurs centaines de blessés en 48 heures, les manifestants s’aperçoivent que les méthodes de « travail » des forces spéciales et de l’armée n’ont pas beaucoup évoluées voire ont empirées depuis le départ du Raïs.

 

Quelle tristesse de voir ces jeunes prendre conscience de leurs erreurs, victimes d’un enthousiasme reposant sur une inexpérience liée à leur âge et à leur manque de connaissance politique, ils se réveillent un beau matin pour voir que le monde qui les entoure n’a pas changé et ne le souhaite même pas.

 

Petit rappel historique

Depuis le départ du Roi Farouk et de sa cour, le pouvoir a toujours été sous la main mise des militaires, du colonel Nasser aux généraux Sadat et Moubarak, depuis 1952, pas mal hein ? D’état d’urgence en prolongation d’état d’urgence, la société civile égyptienne a été privée de l’acquisition d’une conscience politique, d’une possible compréhension de la gestion du pouvoir et de son peuple. Avec la bénédiction des états occidentaux qui ne s’intéressent qu’à leurs propres intérêts et à une défense d’un état terroriste qui envahit et spolie un peuple aussi ancien que lui sur le territoire qu’il occupe. Les militaires ont apporté toutes les garanties que nous, états bien-pensants de l’ONU, souhaitions sur notre besoin de paix dans cette région du monde et la stabilité de nos fournitures en matières premières énergétiques et autres.

En échange de ces garanties, nous les avons laissés martyriser leurs peuples, s’enrichir de façon éhontée sur le dos de celui-ci, établir une oligarchie nauséabonde et vicieuse. Nous savions et sommes complices, honte à nous, tristes pantins égoïstes et narcissiques consommateurs. Notre confort nous aveugle, notre mode de vie est un mode de mort pour ceux qui nous fournissent les biens que nous gaspillons avec tant d’allégresse et d’insouciance.

 

Donc ces militaires, depuis bientôt 60 ans, tiennent les rênes du pouvoir. Ils sont le premier industriel métallurgique, textile, énergétique ; ils sont le premier employeur, le plus gros propriétaire terrien, le gestionnaire du canal de Suez… En fait, tout le tissu économique passe par eux d’une façon comme d’une autre. Tous les généraux en retraite sont riches et propriétaires de biens immobiliers qui la plupart du temps sont loués soit à des étrangers soit à des administrations qui les paient rubis sur l’ongle au contraire des factures pendantes de leurs vrais fournisseurs de biens et services qui attendent des mois avant d’être réglés. Ces mêmes retraités sont actionnaires de sociétés qui ont des partenaires étrangers dont ils défendent les intérêts par leurs interventions et leur corruption permanentes. Tout est entre leurs mains misérables et il parait difficile de leur demander de tout abandonner pour redevenir l’armée défenderesse du bien public et de la sécurité nationale contre de vrais ennemis potentiels s’il y a lieu. Et tout ça, grâce à nous ou tout au moins avec notre bénédiction… Sachant tout cela comment peut-on encore être respectueux de nous-mêmes, difficile, pour ma part je me sens coupable d’avoir accepté cela depuis trop longtemps et c’est la raison pour laquelle je vis dans ce beau pays ensoleillé ne supportant plus les suffisances française, européenne et américaine. Mais cela n’est pas réservé à l’Egypte, c’est vrai de tous les pays pauvres qu’on ne cesse d’appauvrir sans mauvaise conscience, que nous pillons de leurs matières premières pour notre bien-être.

 

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Comme je le disais hier, la famille Moubarak n’était plus en odeur de sainteté à la maison blanche, Gamal, le fiston politicien, devait prendre la suite de son père et commencer une nouvelle dynastie pharaonique à la syrienne, si vous voyez ce que je veux dire. Or Gamal n’est pas un militaire et son frère, Alaa, le businessman, prenait une dimension qui était la bienvenue pour sa famille mais entrait en compétition avec l’armée et ses propres affaires. Cette équipe venait piétiner avec plaisir les plates-bandes des troufions et menaçait de mettre à mal les équilibres durement volés depuis la révolution nassérienne par les bidasses en question. Ces beaux uniformes se plaignirent à sa majesté Obama qui les reçut à peine quelques jours avant le début des manifestations de janvier, étrange non ? Hasard, hasard quand tu nous tiens…

 

Ces évènements commencèrent et durèrent 17 jours avant de voir le Raïs se faire jeter. Au début des manifestations seule la police, qui est forte de 1.2 millions de policiers, s’opposa aux jeunes de la place Tahrir. Ils commirent, comme à leur habitude, toutes les exactions dont ils sont les spécialistes. Cela permettait plusieurs choses. Le ministre de l’intérieur de l’époque avait beaucoup trop de pouvoir aux yeux des militaires et son attitude, dans le cadre d’un plan bien ficelé avec Obama et Clinton, le ferait un excellent bouc émissaire le moment venu, ce qui est le cas aujourd’hui. Par ailleurs, l’armée voulait apparaître comme le beau chevalier blanc et reprendre la main en disqualifiant ses compétiteurs de la police. Ceci se réalisa et jusqu’à aujourd’hui la police a beaucoup de peine à retourner dans l’estime du peuple, ce qui peut se comprendre par ailleurs. Cependant l’armée n’est pas mieux et ses tribunaux d’exception font salles combles depuis 10 mois, des blogueurs jusqu’aux simples opposants…

 

L’armée fût donc ce beau chevalier blanc que la population allait embrasser et aduler pendant quelques mois. Le peuple n’imaginait pas le subterfuge de ses beaux militaires et mît un certain temps avant de saisir le sens de tous ces retards imposés aux élections et aux décisions importantes que doit prendre un pays charnière entre l’Occident, l’Afrique et le Moyen Orient. Ces retards, même s’ils étaient relativement explicables, ne trouvent plus de pardon aux yeux des gens qui espéraient tellement de ce mouvement révolutionnaire dans l’amélioration de leurs conditions de vie et de pensée, conditions qui, à l’inverse, se sont détériorées.

 

Malgré des accords secrets qui ne le sont pas avec les frères musulmans, les militaires, surement par habitude, ont déjà rempli les urnes et ont manigancé pour avoir des chambres relativement « gérables » pour eux. Des frères bien entendu, des anciens représentants du PND, et quelques farfelus libéraux et démocrates qui feront bien dans le décors mais qui resteront minoritaires. Il faut du temps pour arranger tout cela, normal. Mais maintenant que tout est prêt, les Egyptiens comprennent la confiscation de leur révolte au profit des mêmes qu’avant, seuls les noms changent mais pas les habitudes. Même les frères musulmans se rendent compte qu’ils ne pourront pas faire ce qu’ils souhaitent. L’armée veut bloquer la constitution à son avantage, et s’assurer que le futur président sera l’un des siens. Sinon, quel intérêt à toute cette organisation.

 

Tout cela parce que les USA préfèrent une armée indélicate mais stable à une société civile aux humeurs changeantes surtout vis-à-vis d’Israël. Les élections vont peut-être encore se voir retardées, ce qui ne va pas calmer les esprits. Je crois que nous sommes repartis pour une période difficile pour l’Egypte et les Egyptiens.

 

Je rêve d’une Egypte en paix et des Egyptiens fiers d’eux-mêmes et de ce qu’ils font.

 

Inch’Allah… comme on le dit ici.

 

Haroun.

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