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Triste anniversaire au Bangladesh…

C’est l’anniversaire, joyeux anniversaire me direz-vous, pas tout à fait. Il y a un an exactement s’effondrait un immeuble contenant cinq usines de textiles qui travaillaient pour des marques occidentales dont deux françaises, Camaïeu et Auchan. Plus de 1100 défunts et plus de 2000 blessés sont certains invalides à vie, beau succès pour les tee-shirts pas chers de nos chères multinationales, ils ont bien raison de ne pas envisager de participer à un dédommagement, sauf Camaïeu qui a promis de le faire, pourquoi se gêner, si ces gens acceptent d’être des esclaves ils en portent la triste responsabilité… Quel mépris chez ces parvenus, ces petits commerçants devenus milliardaires…

 

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Une dame était interviewée par un journaliste de la lèche française, France 2, et elle répondit dans une pseudo compassion « je comprends bien que ces personnes sont mortes mais mon portemonnaie n’a pas changé depuis un an »… Eh oui, votre argent, vos revenus n’ont pas augmenté mais là n’est pas la question, la fainéantise de réflexion dont vous faites preuve madame, avec une minuscule, n’atteste que de votre indifférence et de votre manque de solidarité avec des gens qui sont morts pour vous habiller à bon compte. Il n’effleure pas l’esprit de cette lobotomisée que le problème n’est pas le revenu et que même si cela était, le fait d’acheter à pas cher des produits fabriqués par des esclaves ne fait qu’aggraver la baisse de ses revenus. Le nivellement des salaires se fait par le bas et ce sont ces pays qui les poussent vers le tréfonds qu’ils vont connaître très vite. La compétitivité ne se fera que sur le dos des salaires les plus importants pas sur les leurs qui sont déjà plus que bas, nous allons voir très bientôt nos salaires s’écraser lamentablement sur les limites inférieures où les adeptes et les membres du Medef rêvent de les mettre. Pas pour le plaisir, juste pour les profits… Il ne faut pas regarder cet accident comme un évènement inopportun de la vie d’une industrie, il est symptomatique d’un état d’esprit, des riches d’ici et de là-bas, ils se moquent de ceux qui travaillent pour eux, ils ne pensent qu’aux gains putatifs qu’ils peuvent obtenir de la part de ces laborieux qu’ils ne paient pas ou si peu. Donc, ma chère madame, il ne s’agit pas de regarder uniquement vos revenus, il faut aussi penser que la mort de ces êtres humains est aussi celle de votre sécurité salariale qui se réduit en peau de chagrin. De plus, si votre portemonnaie n’a pas changé, pourquoi achetez-vous des produits que vous possédez déjà, pourquoi consommez-vous en permanence en faisant étal de vêtements qui suivent pas  à pas une mode faite par des marqueteurs qui ne visent que le but ultime de vous prendre votre argent sans pour autant vous donner ni satisfaction ni bonheur. Ce qu’il vous faut madame, c’est consommer moins, beaucoup moins, par solidarité avec ces morts qui vous précèdent dans la tombe de quelques petits instants, mais aussi par solidarité, toujours, de tous les gens qui travaillent et qui ne sont pas respectés, et même humiliés quotidiennement par leurs patrons peu reconnaissants. Quand un être souffre sur cette planète c’est toute la planète qui souffre. Votre combat ne sera pas inutile si vous le commencez juste en diminuant votre consommation, vous verrez vite la panique régner chez tous ces grands du monde de la finance et des multinationales commencer à trembler dans leurs châteaux de cartes. Encore faudrait-il que vous vous sentiez concerné chère madame, honte à vous, mais honte à nous aussi car ne sommes-nous pas tous comme vous ? Nous sommes les assassins de ces personnes qui ont donné leurs vies pour notre joie consumériste et notre insatisfaction permanente.

 

Cela me remémore la conversation que j’avais hier avec ma compagne qui, voyant un reportage sur les réfugiés syriens dans notre beau pays, me dit innocemment « mais que va-t-on faire de ces gens ? Qui va payer pour les abriter et les nourrir ? » La connaissant bien, je ne voyais rien de mal dans ce questionnement qui se voulait plein de compassion et de douleur partagée avec ces pauvres hères. Mais la question est la même que dans le cas de ces morts qui disparurent l’an dernier. Quand Bachar El Assaad était sur les Champs Elysées, admirant auprès de ses hôtes, les gens de sac et de corde dirigés par Sarkozy en guise d’Ali Baba, le défilé de nos forces armées, quand Kadhafi, sous sa tente en plein Paris se voyait adulé et respecté par les mêmes que ceux qui entourèrent Bachar, nous posions-nous la question de savoir pourquoi ils étaient là ? Non et c’est dommage parce qu’ils venaient faire leurs courses chez nous, acheter des armes, des munitions, des séances d’entrainement pour leurs propres militaires et d’autres contrats encore. Quand ces amis d’un jour devinrent gênants, nous n’avons pas hésité à les trahir, à vendre les mêmes armes et les mêmes munitions à leurs ennemis, pour soi-disant défendre une certaine idée de la démocratie qu’on sait nauséabonde lorsqu’elle est imposée par la violence. Nous n’avons pas hésité à mettre des pays entiers à feu et à sang pour défendre nos intérêts qui ne sont pas démocratiques mais bien néocolonialistes. Les Syriens nous ont-ils demandé de nous occuper de leurs affaires, les libyens l’ont-ils fait aussi ? Non. Nous avons fait ce qui correspondait à nos seuls intérêts. Alors maintenant nous devons loger et nourrir ceux qui ont fui le bazar que nous avons ouvert, la misère que nous avons semée, la souffrance dont ils sont les victimes. Nous avons fait plus de victimes que le père et le fils Assaad en deux années seulement, nous sommes vraiment bons dans la destruction et dans l’ignominie. Pareil en Libye où le calme, tout comme en Irak et en Afghanistan, n’est pas prêt de revenir…

 

Ces gens n’avaient rien demandé et vivaient chez eux paisiblement, quand bien même leur dirigeant était un dictateur… Alors chers Français, si vous refusez de nourrir et de loger ceux que vos gouvernants ont amenés chez nous, faites-les au moins vivre à l’Elysée ou à Matignon, aux frais personnels de ceux qui les ont réduits à la mendicité. Mais faites-le…

 

A bon entendeur, devenez sourd…

 

Haroun.

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