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Editôt ou éditard… (239) Où est Charlie ?

C’est toute la question. J’ai participé à la grande manifestation qui suivit le massacre de Charlie Hebdo. Je ne me sentais pas beaucoup Charlie mais j’y étais. Je ne suis plus du tout Charlie…

Être Charlie… C’est quoi ?

En fait, je n’en sais rien et ceux qui le sont, ne le savent-ils peut-être pas plus. L’attentat de Manchester permet à nos médias de continuer leurs discours continus sur la sécurité. Les larmes, que je partage, sur les corps de ces jeunes victimes innocentes ne cessent de couler des paupières de ceux qui ne connaissent que la compassion intéressée et à géométrie variable. Bien sûr que je souffre en imaginant que mes petits-enfants puissent un jour être les martyrs de fous sanguinaires. Mais…

La sélection des Charlie

Quand on voit les états d’âme de tous ces gens pour une salle de spectacle qui devient un champ de guerre et leur silence coupable aux millions de morts dus à la famine… Quand un missile israélien tombe sur une école ou un hôpital à Gaza, le même silence coupable règne en profondeur. Quand des centaines de milliers d’Irakiens, d’Afghans, de Libyens, de Syriens, et les dizaines de milliers d’enfants morts pour rien ou plutôt pour un peu de pétrole, le silence coupable est lourd. Un journaliste me disait que le problème se résumait en mort au kilomètre, je ne le crois pas. Ce ne sont pas les distances qui diminuent nos souffrances. Nos souffrances n’existent que parce que le danger s’approche trop de nous. C’est la peur de perdre nos jouets qui nous fait hurler là où pour d’autres nous ne tournons même pas la tête.

Les Charlie au kilomètre ?

Qui descend dans la rue pour ces millions de morts innocents ? Personne ! Mais pire encore… Quand on nous parle de morts au kilomètre, je réponds que cette théorie est fausse. Les terroristes, comme on les appelle, donnent la mort et meurent parce qu’ils croient en quelque chose, de faux je suis d’accord, mais ils y croient. Nous nous ne pleurons pas pour les morts près de nous quand ils sont victimes de l’âpreté au gain de nos hommes d’affaires malhonnêtes. Qui est Charlie pour les victimes du sang contaminé ? Pour celles du Médiator ? Pour les 48 000 morts chaque année de la pollution de notre air ? Pour les candidats au cancer de l’amiante ? Pour ceux qui auront ce même cancer par les saletés qu’on nous fait manger ? Et là ils ne sont pas loin, ce sont nos voisins, ce sont parfois nos amis, nous vivons avec eux. Le mort au kilomètre n’existe que pour alléger le cœur de nos gouvernants et de leurs complices rassemblant les mauvais journalistes.

Nous ne pleurons que la proximité du danger par peur que cela nous arrive. Les terroristes tuent pour défendre leur (mauvais) point de vue. Nos businessmen tuent pour de l’argent ! N’est-ce pas pire ? Je ne serai jamais Charlie.

A bon entendeur, devenez sourd…

Haroun.

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1 Comment

  1. Daniel Jagline Répondre

    Je partage avec vous cette incompréhension et le refus qui l’accompagne face à la partialité des indignations, face à la hiérarchie des offuscations qui voudrait que nos morts soient plus importants que ceux que nos guerres et ingérences provoques ailleurs, je ne me suis jamais rangé sous cette étiquette « Charlie » que j’ai d’entrée ressenti comme récupératrice et annonciatrice de mauvaises orientations. Je ne suis ni Charlie ni Camille ni un anonymous, ni un avatar de qui ou quoi que ce soit, je suis un, citoyen, indigné, insoumis, debout, libre, et pleurant toutes les morts injustes et toutes les calamités avec la même peine.

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