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ECONOMIE – Crise ou pire ?

L’article qui suit a été mis en ligne le 21 octobre 2008 pour sa première partie et le 22 pour sa seconde, voici les liens des originaux ci-dessous, l’auteur en est aussi… Haroun…http://www.lepetitjournal.com/content/view/32426/1291/

http://www.lepetitjournal.com/content/view/32427/1291/

 

1ère partie :

 

Milton Friedman et John Maynard Keynes sont à la base des systèmes économiques pratiqués au 20ème siècle. Proposant des solutions postérieures aux créations du capitalisme et du marxisme, les applications furent interprétées au travers du prisme des convictions politiques. De passage au Caire, un célèbre économiste français, sous couvert de garantie d’anonymat nous répond sur la « CRISE » en oubliant sa langue de bois habituelle. Nous l’appellerons ici : Milton Keynes
Photo Keynes Association – John M. Keynes, économiste

Le Petit Journal : Pouvez-vous nous donner votre définition de la crise actuelle ? Economique, systémique, de confiance ?

Milton Keynes : D’abord, ce n’est pas une crise;une crise est passagère, de durée plus ou moins longue mais limitée. Ensuite, on ne peut séparer les choses, nous faisons partie d’un Tout et les innombrables connexions, qui relient les gens comme les évènements, sont invisibles mais réelles. L’économie est une toute petite partie de ce Tout qui nous lie les uns aux autres. L’instauration de systèmes a permis de croire que le Tout pouvait être manipulé, l’économie étant un des outils de la manipulation. Mais le système n’est pas le Tout, il est ce qui essaie de gouverner le Tout. La période qui vient de commencer est une révolution d’éthique.
LPJ : Vous nous parlez de philosophie et nous devons résoudre des problèmes de survie, nous sommes à des années lumières de vos travaux habituels, que sont ce TOUT dont vous parlez et la révolution d’éthique ?
MK : Le Tout, c’est l’Humanité, c’est l’ensemble des êtres de cette planète minuscule. C’est l’agrégat de toutes nos différences, c’est l’amalgame des pensées de chacun et des richesses, pas financières, qu’elles créent. La révolution d’éthique est le bouleversement résultant du non respect des valeurs de base qui permettent la survie de notre espèce animale.  
LPJ : Soyez plus clair, donnez-nous un exemple de ce non respect.
MK : Puisqu’on est dans un problème financier mondial, prenons l’exemple du système bancaire. Les banquiers étaient, jadis, des rassembleurs d’épargne et des distributeurs de crédit. Vous placiez vos économies et le banquier les prêtait contre une rémunération que vous partagiez avec lui. Maintenant, les banques n’ont plus besoin d’épargne car, grâce aux outils spéculatifs créés ex nihilo, elles créent l’argent dont elles ont besoin, les banques nationales étant les pires élèves de la classe. Votre épargne, au lieu d’être placée dans des investissements traditionnels (crédit aux entreprises ou à la consommation par exemple) est mise sur un marché aux outils machiavéliques mis à notre disposition par les réseaux financiers. En résumé, l’argent crée de l’argent, sans travail, sans valeur ajoutée basée sur la production de biens ou de services réels. Cet argent est virtuel et n’est pas éthique.
Il peut de plus être perdu, regardez les 600 millions de la Caisse d’Epargne en 4 jours. Et le gouvernement ainsi que la direction de la banque veulent nous faire croire que quelques individus peuvent gagner ou perdre des milliards sans aucun contrôle. Si c’est le cas, allons tous chercher notre argent dans nos banques, aucun espoir n’est permis. Le manque de contrôle est pire que l’erreur de stratégie.
LPJ : Cet argent virtuel d’où vient-il et qu’est-il devenu ?
MK : Schématiquement, il vient de nulle part et il y est retourné. En clair, vous achetez un papier qui vaut 10, le lendemain ce papier vaut 11. La différence n’existe que parce que quelqu’un a décidé de payer ce prix. L’argent du paiement provient lui aussi d’un gain réalisé de la même façon, et, plus vous avez de gains plus vous pouvez acheter et la bourse s’emballe à la hausse. Ces hausses spectaculaires et presque continues ont permis à des gens d’investir de l’argent emprunté pour participer à cette course folle. Parmi ces gens se trouvent les plus grands banquiers de notre monde. Quand, par malheur, on cumule les erreurs du subprime avec les erreurs de la spéculation effrénée, le grain de sable (ou plutôt la plage du subprime) immobilier est le détonateur qui fait exploser un système monté à l’envers. Prêter de l’argent qui ne vous appartient pas à des gens que l’on sait incapables de le rembourser, prêter de l’argent à un joueur de casino sont 2 crimes contre l’éthique. L’argent est un outil qui permet la survie de l’humanité par les échanges qu’il facilite. Ne confondons pas l’outil avec l’objectif. Cette confusion a rendu au néant cet argent. Graphe Bourse &Co DR – CAC 40 depuis 10 ans
LPJ : Néant, que voulez-vous dire ?
MK : Par néant j’entends que cet argent existe sur le papier, des gens avaient des millions qu’ils n’ont plus car les cours ont baissé, mais toujours sur le papier, sur des relevés de compte. Cet argent n’est pas sorti de sa virtualité, n’a pas été investi dans des travaux, des usines ou dans la recherche. Il ne restera à jamais qu’une trace écrite d’une richesse passagère. Si le propriétaire de ces relevés de compte a emprunté de l’argent à sa banque sur la garantie de ses futurs profits et a investi l’emprunt de la même façon, vous voyez qu’il n’y a pas d’autre solution que la faillite en cas de problème. Et problème il y a eu.
Seconde partie demain.
H.A.M. (www.lepetitjournal.com – Le Caire – Alexandrie) mardi 21 octobre 2008
 
2ème partie :

Milton Friedman et John Maynard Keynes sont à la base des systèmes économiques pratiqués au 20ème siècle. Proposant des solutions postérieures aux créations du capitalisme et du marxisme, les applications furent interprétées au travers du prisme des convictions politiques. De passage au Caire, un célèbre économiste français, sous couvert de garantie d’anonymat nous répond sur la « CRISE » en oubliant sa langue de bois habituelle. Nous l’appellerons ici : Milton Keynes.

Photo AUC DR – Milton Friedman, créateur et fervent défenseur de la politique monétariste

LPJ : Quel est le fait déclencheur de cette succession de catastrophes ?
MK : Beaucoup, dont moi officiellement, disent que la faute est au système subprime ou disons à la distribution sans garantie d’argent à des emprunteurs non solvables. C’est faux. La responsabilité provient et repose uniquement sur les gouvernements qui préparent depuis bien longtemps ce jeu de dominos. Quelle est l’entreprise qui peut perdre de l’argent chaque année et continuer d’emprunter sans autre garantie que de dire « j’existe »? Aucune, elle serait arrêtée dans sa course par les garde-fous créés par les Etats pour empêcher les catastrophes en cascade. Hors, seuls les Etats se réservent le droit de vivre au-dessus de leurs moyens, de continuer de s’endetter, et, de plus, avec la complicité des banques nationales, de fabriquer l’argent au fur et à mesure de leurs besoins. Je ne parle même pas de la permissivité exceptionnelle dont les bourses mondiales ont bénéficié durant des années au travers des dérégulations financières nécessaires à la création de produits financiers toujours plus sophistiqués mais non éthiques. Les Etats, l’immense majorité des Etats, vivent de crédits sans être solvables. Ils ont été et sont les modèles de cette lamentable expérience. Pour continuer de vivre leur grand train, les Etats avaient la nécessité de générer de l’argent, fût-il virtuel. Le constat de leur échec est évident.

 

LPJ : D’accord, mais ça c’est le problème, pouvez-vous nous donner une ou votre solution ?
MK : J’aimerai, mais je n’en ai pas. En fait, nous avons plusieurs options dont voici les 3 plus tentantes :
1. Nous pouvons faire un joli pansement sur une jambe de bois, par exemple en nationalisant les banques de façon déguisée, en distribuant de l’argent que les Etats n’ont pas (raison pour laquelle dans tous les accords, ici ou là, l’argent n’est distribué que par étapes, pourquoi ? Parce qu’il faut laisser le temps à l’Etat de collecter cet argent, impôts, taxes, tva). Encore une fois on prête ce qu’on n’a pas (encore).

Graphe Bourse &Co DR – Le Dow Jones depuis 10 ans
2. Nous pouvons aussi retourner à une situation basée sur l’éthique. Ceci ne pourra jamais se réaliser car, imaginez-vous les immenses sacrifices que chacun devra faire. Changer de vie n’est pas simple mais revenir à une société où la consommation et le profit ne seront plus les moteurs d’une économie vouée à la spoliation de la planète au détriment des générations futures, tout cela est impossible. Imaginez-vous un gouvernement où les philosophes auront leur mot à dire comme jadis ? Tout au plus aurons-nous des fous du roi. L’avidité de tous fait qu’une marche arrière est impossible. Pas un gouvernement n’a de membres ou de cadres qui ne soient pas touchés par des affaires de corruption ou d’argent sale. Cela aussi est non éthique et cette solution utopique.
3. La solution la plus simple reste de tout casser et de recommencer, cela s’appelle une guerre mondiale. C’est la seule façon de relancer les affaires sans avoir à faire d’autres sacrifices que la vie des autres.

 

LPJ : Vous n’êtes guère optimiste ! Il est impossible que nous commettions de nouveau les mêmes erreurs…
MK : En êtes-vous bien sur ? J’aimerais en être convaincu, mais il suffit de regarder une mappemonde et d’y placer tous les foyers de troubles, les guerres, les famines, les maladies infectieuses… Quand nous apprenons qu’un enfant meurt toutes les 5 secondes et que nous pourrions les sauver avec quelques 100 petits milliards de dollars pendant que nous déversons des milliers de milliards dans un système qui a montré ses limites, n’y a-t-il pas quelque chose de « décevant ». L’ardoise totale de cet épisode économique du capitalisme stérile dépassera les 10 000 milliards de dollars, j’en suis certain et nous nous en approchons quotidiennement. Je crois que collectivisme et capitalisme sont morts et que la voie est ailleurs, mais où ?
Ceci n’est que mon opinion et je serais ravi de me tromper. Mais de toute façon, nous verrons bien, comme disent les anglo-saxons : « time will tell ».

 

H.A.M. (www.lepetitjournal.com – Le Caire – Alexandrie) mercredi 22 octobre 2008

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