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Le retour de Milton Keynes

L’article qui suit a été mis en ligne le 15 avril 2009 pour sa première partie, le 16 pour la deuxième et le 17 sa dernière, voici les liens des originaux ci-dessous, l’auteur en est aussi… Haroun..

http://www.lepetitjournal.com/content/view/39339/1291/

http://www.lepetitjournal.com/societe-le-caire/39340-le-caire-actu-egypte.html

http://www.lepetitjournal.com/societe-le-caire/39341-le-caire-actu-egypte.html

 

1ère partie :

 

De passage au Caire, un célèbre économiste français, sous couvert de garantie d’anonymat nous répond sur la « CRISE » en oubliant sa langue de bois habituelle. Comme en octobre dernier nous avons sollicité notre « Milton Keynes », enfant virtuel de Milton Friedman et de John Maynard Keynes, pour analyser avec nous les résultats du G20 dont tout le monde se félicite.

Le Petit Journal : Nous avons pu constater que vous aviez vu juste dans votre analyse du mois d’octobre dernier. Peut-être pourriez-vous nous traduire les messages invisibles contenus entre les lignes des accords signés par 20 pays de notre petite planète ?
Milton Keynes : 2 faits sont marquants, l’un est positif et l’autre négatif. Commençons par le négatif. Le FMI et la Banque Mondiale n’ont jamais fait de bien nulle part. Leurs conseils et leurs directives sont ceux auxquels la finance mondiale voulait faire adhérer les pays pauvres afin de mieux continuer à les spolier. Je suis un peu excessif mais à peine. Il suffit de voir les pays sortis de leur joug pour comprendre que ces organismes ne font qu’un chantage odieux qui fait abandonner toute autonomie aux pays émergents contre de l’argent que les pays riches récupéreront de toutes les façons puisque seuls fournisseurs des biens et services dont les pays en question ont besoin ou plutôt croient avoir besoin. Or, non seulement ces organes supranationaux sont incapables de gérer l’argent qu’on met à leur disposition mais ils le distribuent de façon injuste et là aussi, l’amitié, pour ne pas dire la corruption, joue son plus beau rôle. 1000 milliards de dollars est leur nouveau pactole. Milton Friedman (Photo AUC DR)

LPJ : Cela commence très fort, mais le côté positif…
MK : C’est l’accord presque parfait atteint entre ces 20 pays. Tous sont décidés à sortir de la crise en employant la bonne méthode, qu’ils ont découvert en quelques heures de réunions et de repas. Cette unanimité est suffisamment rare pour être remarquée et appréciée à sa juste valeur. La communion des 20 serait un meilleur titre que le G20.

LPJ : Pourquoi ce cynisme ?
MK : Parce que rien n’a changé, et on ne souhaite rien changer. On croit encore aux vieilles formules de relance qui ne satisferont peut-être pas aujourd’hui les exigences de notre révolution d’éthique. En fait, des Etats hyper endettés, USA en tête avec une dette qui dépasse maintenant 11.000 milliards de dollars, donne de l’argent à des organismes qui nous coûtent une fortune ne serait-ce qu’en frais de fonctionnement. Cet argent n’est pas la propriété des Etats puisqu’ils n’en ont plus, ils l’empruntent et le paient à des gens qui en ont encore (la Chine ou alors on imprime de nouveaux billets qui ont et auront de moins en moins de valeur). Après avoir ponctionné leurs dîmes, les FMI et Banque Mondiale, vont répartir le reste entre différents pays qui en ont besoin selon des critères bien définis ou presque. Les emprunteurs finaux devront essayer de mettre à profit ces prêts et de relancer leur propre machine économique qui fera travailler les nôtres. En résumé, on continue de financer une consommation par le crédit. Et si les Africains ne voulaient pas acheter quoi que ce soit parce qu’ils préféreraient avoir du travail et avoir confiance en leur propre avenir dans leurs pays où seuls les corrompus vivent décemment. Que ferons-nous après avoir dilapidé quelques milliers de milliards de plus ? Et si, cela ne démarre pas quand même ?

Le Petit Journal : N’échangez pas les rôles, pouvez-vous répondre à vos propres questions ?
Milton Keynes : Je n’en sais rien. Mais ce dont je me doute repose sur l’expérience et l’histoire, ce qui n’a pas marché jusqu’à aujourd’hui a peu de chances de fonctionner dans l’avenir.

Suite demain

H.A.M. (www.lepetitjournal.com – Le Caire – Alexandrie) mercredi 15 avril 2009

 

 

2ème partie :

 
LPJ : Donc vous conseillez de ne rien faire, de laisser aller ?
MK : Bien sûr que non. La Chine demande à la communauté internationale une monnaie « supranationale » qui soit plus fiable que la monnaie américaine, qui ne repose que sur son endettement donc sur rien. Nous avons connu l’Espéranto, comme langue universelle déchue, nous connaîtrons bientôt le supradollar voué à la même fin. La solution existe mais elle fait mal, très mal. Il faut tout changer et personne ne le souhaite parmi les gouvernements du monde entier. Cela veut dire perte de pouvoir, perte de repères et une solidarité inaccoutumée en politique traditionnelle. A titre d’information, cette monnaie supranationale existe déjà depuis des millénaires, c’est l’or et vous verrez que nous aurons un Bretton Woods à l’envers avec un peu de chance et les Chinois seront mieux protégés qu’avec leurs billets verts (de peur sûrement). Photo Keynes Association – John M. Keynes, économiste

LPJ : Désolé mais je ne comprends pas…
MK : Je vous donne un exemple, on parle de renouveler le capitalisme, le néo-capitalisme. Les bases de ce système sont mauvaises et nous venons de le constater. Néanmoins, par peur de l’inconnu et surtout par peur de perdre leurs prérogatives, les gouvernants, de gauche comme de droite, veulent conserver des méthodes connues pour sortir d’une situation nouvelle. Bâtir une société sur le culte de l’argent papier a duré plus longtemps que l’utopie socialiste qui nie l’unité au profit de la masse, mais c’est la fin du règne de ce capitalisme comme de tous ses enfants fussent-ils nouveaux. C’est le principe qui est faux et rend les êtres plus aptes à avoir qu’à être. Or les êtres sont avant d’avoir…

LPJ : Et vous nous reparlez de philosophie. Enfin, des décisions majeures ont été prises… la lutte contre les paradis fiscaux par exemple…
MK : Parlons-en, on retrouve dans ces listes en camaïeu de blanc pur à noir funéraire des pays étonnants comme la Belgique chez les gris. En revanche je n’y ai pas vu Jersey, étonnant non ? La Belgique est un paradis fiscal car les charges sociales sont plafonnées et pas chez nous, ce qui fait que déjà certaines grandes entreprises songent à installer leur siège international dans ce pays. Ce n’est certes pas la seule raison mais demander aux Belges s’ils sont au paradis, je ne suis pas sûr qu’ils apprécieront. Mais Jersey, on sait pourquoi ! L’herbe y est verte et agréable malgré un climat disons mitigé. Tout ça, c’est de la poudre aux yeux médiatique car sans méthodologie, sans des objectifs concrets fixés pour des dates fixées elles aussi, tout cela relève plus de la politique spectacle que de la sortie du tunnel. Regardez à quelle vitesse la petite liste noire des 4 malheureux absents de la réunion, y auraient-ils envoyé quelqu’un qu’il n’y aurait pas eu de liste noire, a disparu. A quelle vitesse ces 4 pays ont-ils réagi, nous pouvons compter en heures, pas même en jours. Cela semble étonnant quand on connaît le temps que prend, même dans ces pays là, le temps d’élaborer une décision aussi importante.

Suite demain

H.A.M. (www.lepetitjournal.com – Le Caire – Alexandrie) jeudi 16 avril 2009

 

3ème partie :

 
LPJ : Cela n’est-il pas dû uniquement à l’urgence de la situation ?
MK : Savez-vous qu’il vous suffit d’aller à Luxembourg en quelques heures de voitures de Paris, de rencontrer n’importe lequel des gestionnaires de fortune du Crédit Agricole ou de la Société Générale pour pouvoir avoir votre société aux Bahamas ou aux Turks and Caicos. Cela vous coûtera entre 2.000 US$ et 5.000 € en fonction de vos souhaits et de la banque. Graphes Bourse &Co DR – Le CAC 40 et le Dow Jones depuis mai 2008
Savez-vous que toutes, je dis bien toutes, les grandes banques ont des filiales dans chacun des paradis fiscaux connus et répertoriés, les françaises comme les américaines ou les anglaises et les allemandes. Les compagnies d’assurance aussi ainsi que leurs indissociables réassureurs.
La fraude fiscale n’est plus faîte de comptes à numéros alloués à des privés mais nous avons affaire à de vraies sociétés ou des fondations qui jouissent de personnalités morales et ont des administrateurs officiels dans ces beaux pays. Tout le monde peut se cacher de différentes façons et des montages astucieux vous retireront toute existence apparente pour peu que vous investissiez entre 5 et 10.000 US$. Cela étant, la mauvaise foi règne sur ce sujet car comment voulez-vous payer les basses besognes et les colleurs d’affiches autrement qu’en espèces, vous pouvez me le dire ?
Quant à la philosophie, elle repose sur l’être pas sur le papier, c’est pour cela qu’elle échappe aux crises.

LPJ : Mais il y a aussi ces 1.000 milliards à redistribuer dans les pays en développement, de quoi générer une relance forte non ?
MK : 1.100 Milliards exactement qui serviront à développer le tourisme de masse payé par les allocations chômage des personnels licenciés des USA et d’Europe, sans compter que ce tourisme là… Est-ce bien du développement ? Et encore une fois, je vous le répète, c’est de l’argent emprunté à Pierre que l’on prête à Paul en espérant que ce Paul en question soit capable de rendre cet argent le moment venu, ce qui n’est pas certain si les touristes ne viennent pas ou si la construction ne reprend pas ou si les automobilistes décident de garder leurs véhicules quelques mois ou années supplémentaires.

LPJ : A vous entendre, il n’y a pas de solution ?
MK : Alors, vous m’entendez mal. Il y a des solutions et je serai naïf de croire que moi seul les connais. Je dirai même plus, je crois que tout le monde les connaît mais que personne ne veut se risquer de les appliquer. Lutter contre la corruption, partout, car elle est maintenant présente dans tous les pays du monde, cesser de raconter des histoires aux nations sous prétexte qu’elles ne sont pas prêtes à entendre la vérité, arrêter de consommer comme des fous sans avenir et ce qui de plus sacrifie l’avenir de leurs propres enfants. L’écologie n’est pas ce que les écolos disent, ça commence beaucoup plus en amont. Par exemple, faire rouler des voitures avec un pétrole vert qui affame 45 millions d’Indonésiens n’est pas écologique car le système nuit plus qu’il ne répare. L’écologie, cela commence dès la naissance, et c’est le respect de la place qu’on nous a louée pour quelques années et que nous devons rendre à son propriétaire dans le même état qu’il nous l’a donnée, éventuellement mieux. Nous avons l’usufruit de la planète et nous avons cru que nous en étions les nus-propriétaires. L’ennui du capitalisme est qu’il est bâti sur la propriété et donc…

H.A.M. (www.lepetitjournal.com – Le Caire – Alexandrie) vendredi 17 avril 2009

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